lundi 16 novembre 2015

Paris, nous y étions.

Paris sous son manteau blanc. Hiver 2013.
 
Vendredi 13.
J'étais au Bataclan. La musique me crevait les oreilles, les basses raisonnées en moi, toute cette foule enivrée mon cerveau... J'y étais avec ma mère, mon frère, ma fille.

J'étais au stade de France. Un drapeau tricolore peint sur mon visage, mon cœur battait, les chants s'élevaient dans le ciel... J'y étais avec mon père, ma sœur, mon fils.

J'étais sur une terrasse de café. Les rires et les mots envahissaient l'espace, les verres teintaient au rythme des conversations, la sérénité du week-end flottait dans l'air... J'y étais avec mon ami, ma cousine, l'homme de ma vie.

J'y étais. Heureuse et insouciante.

J'ai vu des morts, j'ai vu du sang. Dans la rue, à la sortie du stade, dans une salle de concert, devant ma télé...
J'ai pris une balle dans la jambe, j'ai perdu mon frère, j'ai fui, j'ai sauvé un innocent, je suis morte. Et pourtant j'écoutais du rock, j'encourageais une équipe de foot, je buvais un verre avec toi, lui, elle, vous, nous.

Nous y étions. Nous y étions tous.
Nous n'avions rien fait. Nous vivions. 

Nous sommes tombés dans une marre de sang. N'ayons pas honte, surmontons la peur qui nous ronge et affrontons maintenant la réalité.
MENESTR'ELLE

samedi 7 novembre 2015

La Fac des étoiles (Ep I), L'attaque des masters.




Chers petits padawans farcis au curry!


J'ai envie de te parler d'un sujet qui me tient à cœur : les études. Oui avec un grand E, ou plutôt avec un grand "é" (sauf que je ne sais pas faire de "é" en majuscule ce qui n'est pas très malin...). Je fais partie de cette race nauséabonde dénommée étudiant et j'appartiens à une sous-catégorie digne des intouchables indiens : les lettreux (ça rime avec lépreux? tiens..). Faire des études de lettres ou de sciences humaines est équivalent pour beaucoup de gens à : glandeurs, parasites, cerveaux-qui-sert-à-rien, gauchistes, SHIIIIIT etc. Si vous ajoutez à cela le terme de "recherche", vous lancez une véritable bombe atomique et tout le monde vous regarde avec des grands yeux dans lesquels clignotent un message d'alerte chômage de niveau 10. 
Mes trois premières années à l'Université ont été si belles que l'on pourrait les apparenter à une saison entière de Mon Petit Poney : aucun redoublement, jamais aux repech', bonne entente avec les profs et les élèves, j'y ai même rencontré Mr. Slip bref, le cursus parfait! J'étais passionnée par ce que j'apprenais. Ma vie était un arc-en-ciel géant sur lequel trottaient mille et une licornes. L'environnement était idéale : une fac pleine d'herbe (au sens 1er du terme, hein!) et de nature, une BU chaleureuse et une toute petite promo d'une quarantaine d'élèves. Cependant, d'année en année, à force de côtoyer toujours les mêmes profs et les mêmes étudiants j'ai fini par mieux connaître les rouages qui permettent de faire tourner une petite université. Cet été je suis passée de l'autre côté de la barrière en travaillant dans les bureaux de l'administration et j'ai commencé à y découvrir un système de plus en plus grippé. Enfin, c'est en entrant en master que j'ai ouvert les yeux sur un monde nouveau celui de la recherche, un univers dans lequel règne coups bas et luttes de pouvoirs...  

L'envers du décor universitaire est malheureusement loin d'être glorieux. Vous avez surement entendu parler de ces facultés insalubres comme c'est le cas à Marseille, où le troisième étage du bâtiment de science menace de s'effondrer à tout instant; ou encore du taux d'échec exorbitant que connaissent les étudiants en première année. De même, nous connaissons tous la réputation des amphithéâtres de médecine dans lesquels les cours sont retransmis par vidéo-conférence (Mr. Slip en a fait l'amère expérience)...  Tout ceci est tristement vrai. Cependant, il existe des exceptions et les petites universités échappent souvent à ce constat. Malgré des bâtiments d'une première jeunesse (Les aménagements remontant aux années 1970...), mon université est loin d'être insalubre et les conditions de travail y sont idéales comme je l'ai dis plus haut. Et alors que tout le monde devrait se balader la bouche en cœur et glisser allégrement sur des rivières de fleures parfumées, l'humeur est plutôt à l'amertume et aux sourires forcés. La chance des petites universités : ses petits effectifs, ses laboratoires de recherches, sa situation géographique "excentrée", causent également sa perte. Qu'il s'agisse d'une question financière ou de maîtrise des savoirs, la tendance n'est pas à la dispersion, à l'éclatement, ni à l'autonomie, et c'est cela qui menace d'une part les petites facs et encore plus les lettres. Mais le but de cet article n'est pas de vous parler de ça. J'aimerais plutôt, grâce à ces lignes, vous amener quelques instants dans les couloirs de ma fac avec ses rumeurs, ses angoisses et ses petites joies.





Depuis que je suis en master, la majorité des bourdonnements que l'on entend devant les salles de classe parlent de mémoire, de sujet et de directeur de recherche. Le stress y est palpable, on tente de se rassurer en se comparant aux situations des autres, on se vante un peu (voire beaucoup...) sur l'avancée de nos recherches en pensant faire peur aux camarades "en retard". On écrase aussi, autant que faire se peut, ceux que l'on estime être des rivaux. Tout le monde garde le sourire et simule une véritable camaraderie, mais dans le fond la méfiance et la jalousie règnent. A l'angle d'un bâtiment un prof discute avec un élève, son élève. Il lui donne quelques conseils à la volée ou bien détermine une date de rendez-vous. Voici la base de toutes les jalousies : les maîtres. Nous sommes les jeunes padawans de jedis expérimentés qui ont tout à nous apprendre. Sauf que chacun aimerait être le "favori" du maître, le nouvel Anakin (le côté obscur en moins, quoi que?..). Lorsque le jedi (peut-être un Palpatine caché) a plusieurs padawans, la concurrence est rude, surtout quand ce premier se réjouit de voir ces petits protégés s'entretuer cordialement.  Lors d'un rendez-vous maître-apprenti, je surprends une conversation à travers la porte : il y a des tensions au sein du Conseil des Jedis. Le fauteuil de Yoda semble vide, il manque un chef pour guider l'assemblée et l'unité n'est pas au rendez-vous. Il existe de plus plusieurs factions au sein des jedis: certains se prennent pour les sages qu'ils ne sont pas, d'autres préfèrent se soumettre pour avoir la paix, une poignée joue les électrons libres (des Qui-Gon Jinn en puissance) seuls contre tous, mais difficiles à déboulonner. Mais là où les maîtres sont les plus malins, c'est qu'ils savent se tenir et se détester en toute politesse. Ils préfèrent s'attaquer par padawans interposés plutôt que de s'affronter en face.  

Tu l'as bien compris, les jedis ne sont pas prêts à combattre l'Empire afin de défendre l'autonomie de leur planète Fac. Ils sont bien trop occupés à alimenter les bruits de couloirs et à se tirer dans les pattes. Chacun a rangé son sabre laser et préfère se terrer dans son bureau, seuls avec ses recherches et sa carrière. Le peu qui désertent ou qui se laissent séduire par la rébellion sont matés par les plus influents du conseil. Ces derniers, ceux qui se sont auto-proclamés sages, raflent la mise et se contentent très bien de la situation. Ils se sont accaparés le dernier siège libre du conseil et ne voudraient pas voir leurs petites carrières bafouées. Voilà ce qui met en péril nos petites universités. Le côté obscur de la force emplit nos murs et a noirci les cœurs d'une bonne partie de maîtres carriéristes. Leurs yeux sont clos et ils ne voient pas l'avenir qui se profile. Ils préfèrent s'imaginer qu'une place les attend dans les grands pôles universitaires et se laisser porter par les événements, au lieu de se battre pour conserver ce qu'ils ont et ce pourquoi leurs prédécesseurs se sont battus. Cette mentalité donne lieu à une guerre des clans au sein du conseil qui se répercute ensuite dans les rangs des padawans. Chaque poulain a désormais l'impression d'appartenir à une faction et se permet de mépriser et de dénigrer celle des autres. Ils sont à la parfaite image des maîtres, ils ne pensent qu'à eux, à leur petit sujet de recherche et à leur future carrière. Ils se voient déjà en doctorat (comme-ci c'était si simple...) puis à la tête du futur conseil. Et le pire c'est qu'ils en seraient tout à fait capables : ils deviendraient à leur tour de parfaits petits jedis aigris sans aucun sens de l'intérêt général et sans ouverture d'esprit.  

Heureusement, il reste des lieux, des moments et quelques maîtres qui me donnent foi en la Force. Mon maître, nommons le Obi Wan Kenobi (en toute modestie!), s'en est allé au-delà de Tatooine et a laissé derrière lui quatre jeunes padawans dont je suis la moins expérimentée. Avant de partir, il m'a donné l'autorisation de travailler dans son antre, son labo avec ses autres apprentis. L'atmosphère y est sereine, studieuse et l'expérience des plus âgés est toujours enrichissante. Je voulais terminer sur ce point, car selon moi c'est cela l'université, la vraie, ou du moins ce qu'elle devrait être, un lieu de transmission des savoirs. 

J'aime ma fac, j'aime les études et j'aime ce que j'y apprends! Néanmoins depuis le début de mon master je découvre un autre aspect du monde universitaire qui est loin d'être le plus glorieux. Il s'agit d'un monde aux esprits étriqués qui préfèrent se dénigrer les uns les autres au lieu de ne faire qu'un. Et cela du plus diplômé des maîtres jedi au plus idiot des padawans.


 MENESTR'ELLE